
Apprendre sur la nature et sur soi-même au bâtiment Le Tournant
Pêcher sur la glace, fabriquer un arc, expérimenter le vélo « fat bike », faire un feu sans allumette ni briquet, confectionner du pain, bûcher du bois, faire l’appel d’un orignal et construire un abri en forêt : ce ne sont que quelques-unes des compétences que les élèves de l’école secondaire des Grandes-Rivières, bâtiment Le Tournant, acquièrent dans le cours optionnel de chasse et pêche.
Passionné de chasse, de pêche et de nature en général, l’enseignant Bruno Potvin organisait des activités ponctuelles avec ses élèves, comme des descentes en canot et des nuits en forêt. Il en est venu à développer, avec le directeur adjoint du Tournant de l’époque, M. Mathieu Savard, un cours optionnel officiel de chasse et pêche. « Nos jeunes n’arrivaient pas toujours avec assez de crédits d’option pour obtenir leur diplôme. En ajoutant un cours à option, ça permettait de faciliter le parcours de certains et ça nous aidait aussi au niveau du financement et des assurances », explique l’enseignant.

Depuis maintenant huit ans, ce sont environ une quarantaine d’élèves qui s’inscrivent au cours, dont les activités et les sorties sont orientées vers les saisons. Il y a une douzaine de sorties extérieures prévues par année, dont certaines grâce à la collaboration de clubs locaux comme le comité Loisirs, Sports et Familles de Saint-Edmond-les-Plaines, qui organise chaque hiver un village de cabanes à pêche au lac Delaunière. « On a une cabane permanente installée au lac, et c’est facile de s’y rendre parce que le chemin est accessible et déneigé. Le lac est ensemencé en plus, donc on y fait de belles prises. Les élèves jouent comme des enfants à la pêche, c’est beau de les voir », souligne M. Potvin.

L’un des objectifs du cours est d’ailleurs de faire découvrir le territoire aux jeunes. Que ce soit la pêche à Saint-Edmond-les-Plaines, la montée du mont Connelly sur le territoire non organisé (TNO) des Passes-Dangereuses, le camping à la 11e chute de Girardville ou la nuit de survie en forêt, les vastes espaces de notre coin de pays deviennent des opportunités d’apprentissage pour les jeunes.
Le cours optionnel de chasse et pêche attire principalement deux types de jeunes. « On a ceux et celles qui vont souvent dans le bois et qui deviennent des leaders car on apprend tous d’eux, et il y en a d’autres de type urbain qui découvrent ce que c’est d’être en forêt et qui deviennent des passionnés », indique M. Potvin.
Pour quelques élèves, la passion est devenue tellement forte qu’ils se sont inscrits au DEP en Protection et exploitation de territoires fauniques du CFP du Grand-Fjord à La Baie.

Savoirs essentiels et mesures de sécurité
Un autre objectif du cours de chasse et pêche est de transmettre aux élèves des savoirs essentiels en nature : allumer un feu par la friction, trapper et colleter, faire de la boucherie de base avec leurs prises pour pouvoir se nourrir, etc.
« Les jeunes sont vraiment fiers d’eux quand ils réussissent à allumer un feu sans briquet ni allumette, mais leur montrant ça je veux avant tout qu’ils développent le réflexe de toujours traîner un briquet avec eux en forêt. Ça arrive que certains partent se promener en motoneige sans le dire à personne et on ne sait jamais ce qui peut arriver, mais qu’ils aient au moins un briquet pour se débrouiller au cas où », soutient l’enseignant.

Les mesures de sécurité sont d’ailleurs un élément crucial du cours. Les jeunes vont apprendre le maniement sécuritaire d’une scie mécanique, d’une hache et d’un couteau, ainsi que différentes techniques de prévention en lien avec une sortie ou une activité.
Apprendre sur la nature… et sur soi-même
Au printemps, quand les conditions ne permettent pas d’aller en forêt, les élèves fabriquent un arc traditionnel en bois. Ils apprennent comment amincir tranquillement le bois, mais surtout, ils apprennent la patience. « Ça prend entre 6 et 10 périodes de fabriquer un arc. Il faut vraiment prendre son temps, car si on va trop vite on risque de le briser et de recommencer. Quand on casse un arc après avoir travaillé dessus pendant trois périodes, notre réaction nous en apprend beaucoup sur notre personnalité », estime l’enseignant.

La nuit de survie en forêt est devenue une tradition au Tournant, et les jeunes l’attendent chaque année avec impatience. Certains s’apportent un sac à dos bien rempli, d’autres veulent pousser l’aventure plus loin. « Il y a des élèves qui veulent vivre des choses extrêmes et qui n’apportent presque rien. Quand ils sont capables d’allumer un feu, de se faire un abri et de passer la nuit dehors, c’est une grande fierté pour eux! »

D’ailleurs, M. Potvin ne s’en cache pas : il veut que ses élèves vivent des réussites autrement. « Souvent, ces jeunes ont vécu des échecs scolaires et ils se disent qu’ils ne sont pas bons. On voit les bénéfices du cours de chasse et pêche parce qu’ils vont jouer dehors, ils vont se responsabiliser et développer des savoirs essentiels. Ils sont capables de très belles choses, mon but est d’en faire des amoureux de la nature parce que quand on aime quelque chose, on en prend soin et on veut la protéger. »
« Enseigner pour moi, c’est faire des élèves des personnes entières. Oui j’enseigne les maths, mais je leur montre aussi à faire du pain et plus tard un jeune va peut-être en faire avec sa blonde le samedi matin. Ce cours leur en apprend tellement plus sur eux-mêmes… À 3 heures du matin dans le bois, au froid, il n’y a que toi et tes amis sur qui tu peux te fier. Que ce soit les programmes particuliers ou les cours optionnels, ça prend des cours pour éveiller des passions dans les écoles », conclut Bruno Potvin.
Merci à M. Bruno Potvin pour avoir pris le temps d’expliquer le cours et pour avoir fourni les photos de cette page.